A l’origine de mon travail, un double questionnement.
D’abord, la question du temps. Non pas le temps qui se mesure, mais celui plus poétique, plus existentiel, qui se perçoit ; Ce temps là ne peut se penser sans la question de la disparition.
Et puis l’écriture ; celle qui pourrait être un « au delà du langage » (R.Barthes), une volonté de signifier autrement, contre la norme du lisible.
L’écriture illisible pour évoquer l’indicible, le non-dit, l’inter-dit.

J’ai dès lors engagé un travail sur le signe, la trace, l’écriture spéculaire.

La radicalité du propos de certains artistes du XXème , leurs répétitions du geste comme engagement physique du temps en mouvement ont aiguillé ma propre démarche.

Chaque jour, comme une pulsion de vie, je suis à l’atelier…
Il y a d’abord une nécessité dans la mise en œuvre.
Elle démarre toujours par une matérialité affirmée : la cire, le torchon, le papier.
Puis je décide de l’identité narrative.
Par tâtonnement et ajustements successifs, le protocole se précise ensuite dans l’expérimentation ; formes, couleurs, assemblages, mes choix se font avec la matière, sans croquis préalable.
Le geste obsessionnellement répété en définit la topologie.
Une œuvre après l’autre, le mode d’intervention se déplace à peine, la série se dessinant imperceptiblement dans cette frêle évolution.

A l’heure où les slogans et les raccourcis envahissent nos espaces de langage et en pertubent le sens, je cherche à trouver par mon geste plastique un chemin vers une langue universelle, fondamentale et intime.

P. Hugonet, octobre 2017