© Pascale Hugonet - Built with Indexhibit

A l’origine de mon travail, une double question.
D’abord, le temps. Non pas le temps qui se mesure, mais celui plus poétique, plus existentiel, qui se perçoit; Ce temps là ne peut se penser sans la question de la disparition.
Et puis l’écriture ; celle qui pourrait être un « au delà du langage » (R.Barthes), une volonté de signifier autrement, contre la norme du lisible. Une écriture totalement anti spectaculaire, qui privilégie l’intention à la possible lecture.
L’écriture illisible pour évoquer l’indicible, le non-dit, l’inter-dit.
J’ai dès lors engagé un travail sur le signe, la trace, l’écriture spéculaire.
La radicalité du propos de certains artistes du XXème , leurs répétitions du geste comme engagement physique du temps en mouvement ont aiguillé ma propre démarche.
Chaque jour, comme une pulsion de vie, je suis à l’atelier…
Il y a d’abord une nécessité dans la mise en œuvre.
Elle démarre toujours par une matérialité affirmée : la cire, le torchon, le papier.
Puis je décide de l’identité narrative.
Par tâtonnement et ajustements successifs, le protocole se précise ensuite dans l’expérimentation ; formes, couleurs, assemblages, mes choix se font avec la matière, sans croquis préalable.
Le geste obsessionnellement répété en définit la topologie.
Une œuvre après l’autre, le mode d’intervention se déplace à peine, la série se dessinant imperceptiblement dans cette frêle évolution.

P. Hugonet, octobre 2017

Généralement, le dessin est une première pensée, une anticipation de l’œuvre à venir. La plume peut courir librement, parcourir la surface sans la délimiter, rester libre de son point de départ et de son avenir. Le dessin est un point de départ qui ne préjuge ni ne présume du résultat final, si ce n’est dans les grandes lignes.
Dans l’œuvre de certains (et de Pascale Hugonet, en particulier), le dessin n’est pas un outil, une étape, une anticipation mais une finalité. Il ne précède rien que d’autres dessins, au nombre illimité, à qui il prépare la voie, déblaie le terrain, ouvre des pistes. Le suivant ressemblera un peu à celui qui le précède et assez aussi à celui qui le suit. Mais aucune gémellité, impossible de se tromper ou de les confondre. Malgré un air de famille prononcé, chacun possède une personnalité affirmée, issue de même règle matière et couleurs. Et chacun s’intègre dans une famille évidente, à peine recomposée.
Bien sûr, les formats identiques, l’esthétique de la page pleine, l’aspect d’écriture barbare ou antique, la répétition de modules discrets, l’acharnement symptomatique à finir malgré tout tissent des rapprochements irrémédiables. L’obsession remplit l’espace selon des processus régissant chacune des séries et que l’on identifiera ou pas, c’est selon l’angle de visions, l’éloignement du sujet, la lumière portée.
Car autant que la finesse du trait, le noir de l’encre, la trace du scalpel ou l’épaisseur de la cire, sont présents l’ombre de l’épigraphie, le fantôme de l’estampage Han, l’empreinte d’artistes rares et presque oubliés du vingtième siècle, le support enfoui des tablettes coraniques et les planches millénaires des portraits du Fayoum. L’apparente absence d’épaisseur du trait, l’impalpabilité du support se remplissent aussi de cette impalpable et obsédante culture, toujours plus envahissante qu’elle paraît invisible.
Dessiner autant qu’écrire, écrire en même temps que dessiner, il y a quelque chose du livre invisible dans le travail de longue haleine de Pascale Hugonet. Mais dans le trait cursif ou rigide, dans l’écriture bâton ou presque cunéiforme, dans le lacis ou le damier, dans la résille et la grille, se glissent parfois un sens, des références et même, pourquoi pas une voix ancienne à ceux qui, pour l’entendre, se rapprocheraient dangereusement du papier.

Francois Bazzoli, février/mars 2016

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